vendredi 3 janvier 2020

De la fervente réforme de notre vie tout entière

1. Pour être plus ardent au service de Dieu,
Rappelez-vous pourquoi vous vîntes en ce lieu :
N'est-il pas vrai qu'un jour vous quittâtes le monde
Pour ne point vous souiller à son contact immonde,
Pour devenir vraiment un homme intérieur ?
N'ayez donc d'autre but que de croître en ferveur ;
Car bientôt, affranchi de crainte et de souffrance,
Vous jouirez en paix de votre récompense.
Quelques labeurs encore..., et puis un grand repos !...
Un bonheur éternel pour prix de vos travaux !
Restez toujours pieux, fidèle à vos promesses,
Et Dieu dans votre cœur répandra ses largesses.
Gardez un ferme espoir de la félicité ;
Mais ne vous livrez point à la sécurité,
Si vous désirez fuir l'orgueil et l'indolence.

2. Un homme, balloté tantôt par l'espérance
Et tantôt par la crainte, en son trouble mortel
Entra dans une église. Au pied du saint autel,
Il épancha son âme : Oh ! dit-il en lui-même,
Si j'étais assuré de mon bonheur suprême !
Alors prêtant l'oreille à la voix du Seigneur,
Il l'entendit soudain lui dire au fond du cœur :
Si vous en étiez sûr, que voudriez-vous faire ?...
N'ayez d'autre souci que de toujours me plaire,
Et vous vivrez en paix. Consolé sur-le-champ,
Cet homme profita d'un avis si touchant,
Et son anxiété pour jamais prit la fuite ;
Car il ne songea plus à scruter dans la suite
Les conseils du Très-Haut : il ne fit plus qu'un vœu,
Celui d'être assuré du bon plaisir de Dieu,
Pour accomplir en tout sa volonté parfaite.

3. Espérez au Seigneur, nous dit le Roi-Prophète ;
Ayez pitié du pauvre et versez-lui votre or :
Vous aurez, dès l'exil, un merveilleux trésor.
(1)
Un obstacle souvent ralentit dans notre âme
La généreuse ardeur que le progrès réclame :
C'est la difficulté, c'est l'horreur du combat.
Semblables aux héros que nul revers n'abat,
Les vrais soldats du Christ, dans leur noble courage,
Aspirent aux exploits qui coûtent davantage ;
Car l'homme fit toujours d'autant plus de progrès
Qu'il sut mieux maîtriser la chair et ses attraits.

4. Mais tous n'ont pas besoin d'une égale vaillance
Pour vaincre les appas de la concupiscence.
Cependant le chrétien qu'enflamme un saint désir,
Fût-il fort éprouvé par l'attrait du plaisir,
Fera dans la vertu des progrès plus notables
Que d'autres moins fervents, d'ailleurs irréprochables.
Deux remèdes surtout guérissent nos travers :
Résister fortement à nos penchants pervers ;
Poursuivre avec ardeur ce qui manque à notre âme.
Dès qu'un zèle divin le pénètre et l'enflamme,
L'homme n'a d'autre but que d'extirper en lui
Jusqu'au moindre défaut qui le blesse en autrui.

5. Pour amender vos mœurs, il faut que tout vous serve :
L'exemple de vertu que son regard observe,
Un trait noble et touchant qu'on vient de lui citer,
Le chrétien généreux s'attache à l'imiter.
Mais lorsqu'il est témoin d'un fait répréhensible,
A l'exemple mauvais il reste inaccessible,
Ou s'il en prit scandale, il s'en repent soudain.
De même que votre œil observe le prochain,
Votre frère, à son tour, vous observe lui-même.
Quel ravissant spectacle et quel bonheur extrême
D'arrêter son regard sur des religieux
Simples et bien réglés, modestes et pieux !
Mais, hélas ! on éprouve une tristesse amère
D'en voir se détourner du chemin salutaire
Où par des vœux, un jour, ils se sont engagés.
Funeste aveuglement : sans en être chargés,
Ils sont pour d'autres soins remplis de diligence
Et montrent pour leur âme une triste indolence !

6. Gardez le souvenir des engagements pris
Et contemplez la croix, dont le ciel est le prix.
A l'aspect des tourments que le Seigneur affronte,
Ah ! vraiment pourriez-vous ne point rougir de honte,
En vous voyant encor lâche et peu désireux
De marcher sur les pas d'un Roi si généreux,
Bien que depuis longtemps vous ayez avec joie
Fait serment de le suivre en sa très noble voie ?
Un bon religieux, qui prie avec ferveur,
En méditant la vie et la mort du Sauveur,
Y trouve abondamment tous les biens désirables.
Quels trésors, en effet, leur seraient comparables ?
Savourant de la croix le délectable fruit,
Par elle il fut bientôt suffisamment instruit.

7. Sans être rebuté par une réprimande,
De tout cœur il se porte à ce qu'on lui commande.
Mais le religieux qui vit dans la tiédeur,
Ne rencontre partout qu'amertume et douleur :
Dévoré par l'ennui, toujours il se désole,
N'ayant point dans son cœur la grâce qui console,
Ne pouvant au dehors chercher aucun plaisir.
Celui qui, par malheur, ne tend qu'à s'affranchir
Du règlement commun, travaille à sa ruine :
En fuyant les rigueurs d'une âpre discipline,
Dans son relâchement sans cesse il gémira :
La règle en quelque point toujours lui déplaira.

8. Que de religieux, en d'autres monastères,
Sont astreints nuit et jour aux lois les plus austères !
Ils vivent retirés ; il sortent rarement,
Se nourrissent de peu, sont vêtus pauvrement ;
Rudes sont leurs travaux, et jamais la parole
Ne leur sert à nourrir un entretien frivole ;
Sur pied de grand matin, ils veillent chaque nuit ;
L'amour de la prière en tout lieu les poursuit ;
On les voit assidus aux pieuses lectures
Et constamment soumis aux règles les plus dures.
Contemplez les Chartreux, les moines de Cîteaux,
Des ordres de tout sexe, arrachés au repos
Par un ardent désir de se mêler aux anges
Et de payer à Dieu leur tribut de louanges.
Quelle honte pour vous d'être si lent parfois
A vous rendre à l'office, à l'heure où tant de voix
Ont déjà fait monter l'encens de la prière !

9. Heureux si nous n'avions, durant la vie entière,
Qu'à louer constamment, et de bouche et de cœur,
Le Très-Haut, notre Maître et notre Créateur !
Oh ! que ne pouvons-nous vivre sans nourriture,
Exempts de tous les soins qu'exige la nature,
Appliqués sans relâche à nous rendre parfaits,
A bénir l'Eternel, à chanter ses bienfaits !...
Quel bonheur d'être alors dégagés des entraves
Qui d'un corps de péché nous rendent les esclaves !
Plût à Dieu qu'affranchi de ces nécessités,
Notre esprit s'abreuvât aux saintes vérités,
Qu'hélas ! nous savourons si rarement sur terre !

10. Quand un homme en arrive à ne plus se complaire
En nulle créature, il commence dès lors
A goûter le Seigneur, à l'aimer sans efforts.
Rien ne peut le troubler dans sa paix ineffable ;
L'épreuve désormais le trouve inébranlable
Et la prospérité ne peut enfler son cœur :
Dieu seul est son espoir, Dieu seul est son bonheur,
Dieu, par qui tout s'anime et par qui tout respire,
Dont la terre et les cieux reconnaissent l'empire.

11. Sans cesse à votre fin songez donc désormais,
Puisque le temps perdu ne reviendra jamais.
C'est à force de soins et d'humble diligence
Que la vertu s'acquiert. Dès que par négligence
Votre cœur s'attiédit, vous sentez à l'instant
Le trouble et la douleur ; mais s'il devient fervent,
Vous éprouvez bientôt la paix la plus profonde :
Car alors, affermi par la grâce féconde,
L'amour de la vertu rend vos travaux légers.
Que sont aux yeux d'un saint des labeurs passagers ?...
Il est beaucoup plus dur de résister au vice
Que de plier son corps au plus âpre service.
Qui ne ferme son âme à tout dérèglement,
En de plus grands péchés tombe insensiblement.
(2)
Lorsqu'en œuvres de bien l'on passe la journée,
Par un soir de bonheur on la voit couronnée.
Sur vous-même avec soin veillez dès aujourd'hui :
Montrez-vous plein d'ardeur, quoi qu'il en soit d'autrui ;
Car le progrès d'une âme est d'autant plus rapide
Qu'à lutter sans relâche elle est plus intrépide.


(1): Ps. 36, ver. 3.
(2): Ecclésiastique, ch. XIX, ver. 1.


 




Traduction littérale de l'abbé de Lamennais :

  1. Soyez vigilant et fervent dans le service de Dieu et faites-vous souvent cette demande: Pourquoi es-tu venu ici, et pourquoi as-tu quitté le siècle ?
    N'était-ce pas afin de vivre pour Dieu et devenir un homme spirituel ?
    Embrasez-vous du désir d'avancer parce que vous recevrez bientôt la récompense de vos travaux, et qu'alors il n'y aura plus ni crainte ni douleur.
    Maintenant un peu de travail, et puis un grand repos; que dis-je ? une joie éternelle !
    Si vous agissez constamment avec ardeur et fidélité, Dieu aussi sera sans doute fidèle et magnifique dans ses récompenses.
    Vous devez conserver une ferme espérance de parvenir à la gloire; mais il ne faut pas vous livrer à une sécurité trop profonde de peur de tomber dans le relâchement ou la présomption.
  2. Un homme qui flottait souvent, plein d'anxiété, entre la crainte et l'espérance, étant un jour accablé de tristesse, entra dans une église; et, se prosternant devant un autel pour prier, il disait et redisait en lui-même: Oh ! si je savais que je dusse persévérer ! Aussitôt il entendit intérieurement cette divine réponse: Si vous le saviez, que voudriez-vous faire ? Faites maintenant ce que vous feriez alors, et vous jouirez de la paix.
    Consolé à l'instant même et fortifié, il s'abandonna sans réserve à la volonté de Dieu et ses agitations cessèrent.
    Il ne voulut point rechercher avec curiosité ce qui lui arriverait dans l'avenir; mais il s'appliqua uniquement à connaître la volonté de Dieu et ce qui lui plaît davantage, afin de commencer et d'achever tout ce qui est bien.
  3. Espérez en Dieu, dit le Prophète, et faites le bien; habitez en paix la terre, et vous serez nourri de ses richesses (1). Une chose refroidit en quelques-uns l'ardeur d'avancer et de se corriger: la crainte des difficultés, et le travail du combat.
    En effet, ceux-là devancent les autres dans la vertu, qui s'efforcent avec plus de courage de se vaincre eux-mêmes dans ce qui leur est le plus pénible et qui contrarie le plus leur penchant.
    Car l'homme fait d'autant plus de progrès et mérite d'autant plus de grâce, qu'il se surmonte lui-même et se mortifie davantage.
  4. Il est vrai que tous n'ont pas également à combattre pour se vaincre et mourir à eux-mêmes.
    Cependant un homme animé d'un zèle ardent avancera bien plus, même avec de nombreuses passions, qu'un autre à cet égard mieux disposé, mais tiède pour la vertu.
    Deux choses aident surtout à opérer un grand amendement: s'arracher avec violence à ce que la nature dégradée convoite, et travailler ardemment à acquérir la vertu dont on a le plus grand besoin.
    Attachez-vous aussi particulièrement à éviter et à vaincre les défauts qui vous déplaisent le plus dans les autres.
  5. Profitez de tout pour votre avancement. Si vous voyez de bons exemples ou si vous les entendez raconter, animez-vous à les imiter.
    Que si vous apercevez quelque chose de répréhensible, prenez garde de commettre la même faute; ou, si vous l'avez quelquefois commise, tâchez de vous corriger promptement.
    Comme votre œil observe les autres, les autres vous observent aussi.
    Qu'il est consolant et doux de voir des religieux zélés, pieux, fervents, fidèles observateurs de la règle !
    Qu'il est triste, au contraire, et pénible d'en voir qui ne vivent pas dans l'ordre et qui ne remplissent pas les engagements auxquels ils ont été appelés !
    Qu'on se nuit à soi-même en négligeant les devoirs de sa vocation, et en détournant son cœur à des choses dont on n'est point chargé !
  6. Souvenez-vous de ce que vous avez promis, et que Jésus crucifié vous soit toujours présent.
    Vous avez bien sujet de rougir, en considérant la vie de Jésus-Christ, d'avoir jusqu'ici fait si peu d'efforts pour y conformer la vôtre, quoique vous soyez depuis si longtemps entré dans la voie de Dieu.
    Un religieux qui s'exerce à méditer sérieusement et avec piété la vie très sainte et la passion du Sauveur, y trouvera en abondance tout ce qui lui est utile et nécessaire, et il n'a pas besoin de chercher hors de Jésus quelque chose de meilleur.
    Ah ! si Jésus crucifié entrait dans notre cœur, que nous serions bientôt suffisamment instruits !
  7. Un religieux fervent reçoit bien ce qu'on lui commande et s'y soumet sans peine.
    Un religieux tiède et relâché souffre tribulation sur tribulation et ne trouve de tous côtés que la gêne, parce qu'il est privé des consolations intérieures et qu'il lui est interdit d'en chercher au-dehors.
    Un religieux qui s'affranchit de sa règle est exposé à des chutes terribles.
    Celui qui cherche une vie moins contrainte et moins austère sera toujours dans l'angoisse; car toujours quelque chose lui déplaira.
  8. Comment font tant d'autres religieux qui observent, dans les cloîtres, une si étroite discipline ?
    Ils sortent rarement, ils vivent retirés, ils sont nourris très pauvrement et grossièrement vêtus.
    Ils travaillent beaucoup, parlent peu, veillent longtemps, se lèvent matin, font de longues prières, de fréquentes lectures, et observent en tout une exacte discipline.
    Considérez les chartreux, les religieux de Cîteaux, et les autres religieux et religieuses de différents ordres, qui se lèvent toutes les nuits pour chanter les louanges de Dieu.
    Il serait donc bien honteux que la paresse vous tînt encore éloigné d'un si saint exercice lorsque déjà tant de religieux commencent à célébrer le Seigneur.
  9. Oh ! si vous n'aviez autre chose à faire qu'à louer de cœur et de bouche, perpétuellement, le Seigneur notre Dieu ! Si jamais vous n'aviez besoin de manger, de boire, de dormir, et que vous puissiez ne pas interrompre un seul moment ces louanges ni les autres exercices spirituels ! Vous seriez alors beaucoup plus heureux qu'à présent, assujetti comme vous l'êtes au corps et à toutes ses nécessités.
    Plût à Dieu que nous fussions affranchis de ces nécessités et que nous n'eussions à songer qu'à la nourriture de notre âme, que nous goûtons, hélas, si rarement !
  10. Quand un homme en est venu à ne chercher sa consolation dans aucune créature, c'est alors qu'il commence à goûter Dieu parfaitement, et qu'il est, quoiqu'il arrive, toujours satisfait.
    Alors il ne se réjouit d'aucune prospérité et aucun revers ne le contriste; mais il s'abandonne tout entier, avec une pleine confiance, à Dieu qui lui est tout en toutes choses, pour qui rien ne périt, rien ne meurt, pour qui au contraire tout vit, et à qui tout obéit sans délai.
  11. Souvenez-vous toujours que votre fin approche et que le temps perdu ne revient point. Les vertus ne s'acquièrent qu'avec beaucoup de soins et des efforts constants.
    Dès que vous commencerez à tomber dans la tiédeur, vous tomberez dans le trouble.
    Mais si vous persévérez dans la ferveur, vous trouverez une grande paix et vous sentirez votre travail plus léger, à cause de la grâce de Dieu et de l'amour de la vertu.
    L'homme fervent et zélé est prêt à tout.
    Il est plus pénible de résister aux vices et aux passions que de supporter les fatigues du corps.
    Celui qui n'évite pas les petites fautes tombe peu à peu dans les grandes (2).
    Vous vous réjouirez toujours le soir, quand vous aurez employé le jour avec fruit.
    Veillez sur vous, excitez-vous, avertissez-vous; et quoiqu'il en soit des autres, ne vous négligez pas vous-même.
    Vous ne ferez de progrès qu'autant que vous vous ferez violence.

    (1): Ps. 36, ver. 3.(2): Ecclésiastique, ch. XIX, ver. 1.

Réflexions de l'abbé de Lamennais :


Êtes-vous sincèrement résolu à vous sauver? En avez-vous la volonté ferme? Alors préparez-vous au travail, au combat, car le salut est à ce prix. La voie qui conduit à la perte est large, mais qu'étroite, dit l’Évangile, est celle qui conduit à la vie (1) !
Sans doute l'onction de la grâce adoucit pour le fidèle ce travail, ce combat. Au milieu des fatigues et des souffrances, il jouit d'une paix céleste que le pécheur ne connaît point. Cependant il a besoin de continuels efforts pour triompher de lui-même, pour vaincre ses désirs, ses passions et le monde, et le prince de ce monde (2). Qui a fait les saints, sinon cette lutte courageuse et persévérante? Les uns ont été tourmentés, ne voulant pas racheter leur vie, afin d'en trouver une meilleure dans la résurrection. Les autres ont souffert les moqueries, les fouets, les chaînes et les prisons. Ils ont été lapidés, sciés, éprouvés en toute manière. Ils sont morts par le tranchant du glaive; vagabonds, couverts de peaux de brebis et de peaux de chèvres, oppressés par le besoin, l'affliction, l'angoisse, ils ont erré dans les déserts, et dans les montagnes, et dans les antres, et dans les cavernes de la terre, eux dont le monde n'était pas digne.
Enveloppés donc d'une si grande nuée de témoins, dégageons-nous de tout ce qui nous appesantit et du péché qui nous environne, et courons par la patience au combat qui nous est proposé, les regards fixés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était préparée, a souffert la croix, en méprisant l'ignominie. Et maintenant il est assis à la droite du trône de Dieu (3).

(1): Matth., ch. VII, ver. 13-14.
(2): Jean, ch. XIV, ver. 30.
(3): Héb., ch. XI, ver. 35-38, ch. XII, ver. 1-2.


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vendredi 15 novembre 2019

Du jugement et des peines des pécheurs

1. En toute chose on doit considérer la fin :
Comment soutiendrez-vous, au Tribunal divin,
La colère d'un Juge équitable, inflexible,
D'un Juge qui sait tout, d'un Juge incorruptible ?
Vous tremblez à l'aspect d'un mortel irrité,...
Que sera-ce, ô pécheur, quand la Divinité,
Qui voit à découvert tous nos pensers intimes,
Aux yeux du monde entier dévoilera vos crimes ?
Ah ! songez à ce jour d'effroyable rigueur,
Où nul, pour l'excuser, n'aura de défenseur,
Jour redoutable même à l'âme vertueuse !
Toute peine ici-bas peut être fructueuse,
Une larme agréée, un soupir entendu :
Quel humble pénitent fut jamais confondu ?

2. Vraiment il fait sur terre un ample purgatoire,
Il amasse un trésor de mérite et de gloire,
Le juste patient qui déplore bien plus
La malice d'autrui que les affronts reçus ;
Qui sans cesse à l'injure oppose la prière,
Pardonne de grand cœur, sans ombre de colère,
N'hésitant point lui-même à demander pardon ;
Qui se montre envers tous compatissant et bon ;
Qui sait à chaque instant se faire violence
Et réclamer du corps une humble obéissance.
Ah ! pleurons ici-bas sur notre iniquité,
Pour ne point en gémir durant l'éternité.
C'est se tromper, hélas ! d'une manière étrange
Que de prostituer son amour à la fange !

3. Eh ! quel autre aliment ont les feux éternels
Que les désirs impurs, les actes criminels !
Plus pour l'ignoble vice on montre d'indulgence,
Plus Dieu sera terrible au jour de la vengeance
Et plus on se prépare un affreux avenir.
Par où l'homme a péché Dieu saura le punir :
Là, l'aiguillon brûlant harcèle l'indolence ;
Et la soif et la faim pressent l'intempérance ;
Dans le soufre et la poix, changés en flots de feux,
Sont plongés l'impudique et le voluptueux ;
L'envieux, à son tour, hurle et frémit de rage,
Et d'un chien furieux il présente l'image.

4. Aucun vice, en enfer, qui n'ait son châtiment :
Là, revient à l'avare un affreux dénûment,
Et la honte à jamais confondra le superbe.
La douleur, en ces lieux, est tellement acerbe
Qu'une heure au réprouvé paraît plus de cent ans
Passés dans les labeurs des plus saints pénitents.
Nul repos au damné, qui sans fin se désole.
Au séjour de l'exil, du moins l'on se console
Quand parfois on rencontre une douce amitié.
Pour vous-même, à cette heure, ah ! soyez sans pitié,
Afin qu'au dernier jour, Jésus-Christ, votre Juge,
Ainsi qu'aux bienheureux, vous serve de refuge :
Car alors contre ceux qui les chargent d'affronts
Les élus du Seigneur redresseront leurs fronts ;
(1)
Eux que l'on vit marcher humblement au supplice,
Alors ils siégeront pour rendre la justice ;
L'humble et le pauvre alors trôneront dans les cieux ;
D'épouvante et d'horreur séchera l'orgueilleux.

5. Alors on jugera qu'en ce monde il fut sage,
Celui qui pour le Christ sut endurer l'outrage
Et d'un cœur généreux souffrit l'adversité.
Dieu fermera la bouche à toute iniquité. (2)
Les méchants gémiront sous sa main vengeresse ;
Le juste nagera dans des flots d'allégresse,
S'applaudissant alors d'avoir vaincu la chair
Et de honteux plaisirs dont le terme est l'enfer.
Alors resplendiront les vêtements de bure ;
Alors se ternira la plus riche parure.
L'humble chaumière alors sera d'un plus grand prix
Que d'un palais doré les somptueux lambris.
Couronnant la douceur, la force et la constance,
Dieu broîra sans pitié le siècle et sa puissance ;
Et la docilité du cœur simple et pieux
Déjoûra les calculs d'un monde astucieux.

6. Aux plus doctes leçons de la philosophie
On verra préférer une humble et chaste vie,
Et le mépris des biens sera d'un plus grand poids
Que tout l'or entassé dans les coffres des rois.
Alors le souvenir d'une oraison fervente
Réjouira bien plus qu'une table opulente ;
Le silence, observé par un motif chrétien,
Sera plus consolant qu'un joyeux entretien ;
La vertu prévaudra sur la haute éloquence.
Une conduite austère, une âpre pénitence,
Sera plus douce alors qu'un siècle de plaisir.
En ce monde qui passe, il faut savoir souffrir,
Pour échapper sans fin à d'horribles tortures.
Faites un peu l'essai de vos forces futures.
Vous qu'on voit abattu par le moindre chagrin,
Pourrez-vous supporter un malheur souverain ?
Si la plus faible épreuve est pour vous un supplice,
Ah ! que sera l'enfer ! Si tout votre délice
Est d'être courtisan d'un monde corrupteur,
Comment régner au ciel avec le Rédempteur ?

7. Quand vous auriez vécu jusqu'ici dans la joie,
La gloire et les honneurs, vous deviendrez la proie
D'irréparables maux, si la mort vous surprend.
Donc tout est vanité (3) pour le pauvre mourant,
Hormis l'amour céleste et l'humble obéissance.
Qui chérit de tout cœur la Bonté par essence
Ne peut craindre la mort, l'éternel châtiment :
Il rira de l'enfer au jour du Jugement ;
Car le parfait amour donne un accès facile
Auprès d'un Dieu sauveur. Mais, pour l'homme indocile,
Quand il songe au Très-Haut, son redoutable Roi,
Quoi donc de surprenant qu'il soit glacé d'effroi ?
Lorsqu'à l'amour divin l'on est inaccessible,
Bienheureux qu'à la crainte on soit du moins sensible.
Sans ce dernier rempart, on ne peut rester bon,
Et bientôt on succombe aux pièges du démon.


(1): Sag., ch. V, ver. 1.
(2): Ps. 106, ver. 42.
(3): Eccl., ch. I, ver. 2.



 




Traduction littérale de l'abbé de Lamennais :

  1. En toutes choses regardez la fin, et reportez-vous au jour où vous serez là, debout devant le Juge sévère à qui rien n'est caché, qu'on n'apaise point par des présents, qui ne reçoit point d'excuses, mais qui jugera selon la justice.
    Pécheur misérable et insensé ! que répondrez-vous à Dieu, qui sait tous vos crimes, vous qui tremblez quelquefois à l'aspect d'un homme irrité ?
    Par quel étrange oubli de vous-même vous en allez-vous, sans rien prévoir, vers ce jour où nul ne pourra être excusé ni défendu par un autre, mais où chacun sera pour soi un fardeau assez pesant ?
    Maintenant votre travail produit son fruit: vos larmes sont agréées, vos gémissements écoutés, votre douleur satisfait à Dieu et purifie votre âme.
  2. Il a ici-bas un grand et salutaire purgatoire, l'homme patient qui, en butte aux outrages, s'afflige plus de la malice d'autrui que de sa propre injure; qui prie sincèrement pour ceux qui le contristent, et leur pardonne du fond du cœur; qui, s'il a peiné les autres, est toujours prêt à demander pardon; qui incline à la compassion plus qu'à la colère; qui se fait violence à lui-même, et s'efforce d'assujettir entièrement la chair à l'esprit.
    Il vaut mieux se purifier maintenant de ses péchés et retrancher ses vices, que d'attendre de les expier en l'autre vie.
    Oh ! combien nous nous trompons nous-mêmes par l'amour désordonné que nous avons pour notre chair.
  3. Que dévorera ce feu, sinon vos péchés ?
    Plus vous vous épargnez vous-même à présent, et plus vous flattez votre chair, plus ensuite votre châtiment sera terrible et plus vous amassez pour le feu éternel.
    L'homme sera puni plus rigoureusement dans les choses où il a le plus péché.
    Là les paresseux seront percés par des aiguillons ardents, et les intempérants tourmentés par une faim et une soif extrêmes.
    Là les voluptueux et les impudiques seront plongés dans une poix brûlante et dans un soufre fétide; comme des chiens furieux, les envieux hurleront dans leur douleur.
  4. Chaque vice aura son tourment propre.
    Là les superbes seront remplis de confusion, et les avares réduits à la plus misérable indigence.
    Là une heure sera plus terrible dans le supplice, que cent années ici dans la plus dure pénitence.
    Ici quelquefois le travail cesse, on se console avec ses amis: là nul repos, nulle consolation pour les damnés.
    Soyez donc maintenant plein d'appréhension et de douleur pour vos péchés, afin de partager, au jour du jugement, la sécurité des bienheureux.
    Car les justes alors s'élèveront avec une grande assurance contre ceux qui les auront opprimés et méprisés (1).
    Alors se lèvera pour juger celui qui se soumet aujourd'hui humblement aux jugements des hommes.
    Alors l'humble et le pauvre auront une grande confiance; et de tous côtés l'épouvante environnera le superbe.
  5. Alors on verra qu'il fut sage en ce monde, celui qui apprit à être insensé et méprisable pour Jésus-Christ.
    Alors on s'applaudira des tribulations souffertes avec patience, et toute iniquité sera muette (2).
    Alors tous les justes seront transportés d'allégresse, et tous les impies consternés de douleur.
    Alors la chair affligée se réjouira plus que si elle avait toujours été nourrie dans les délices.
    Alors les vêtements pauvres resplendiront, et les habits somptueux perdront tout leur éclat.
    Alors la plus pauvre petite demeure sera jugée au-dessus du palais tout brillant d'or.
    Alors une patience constamment soutenue sera de plus de secours que toute la puissance du monde; et une obéissance simple, élevée plus haut que toute la prudence du siècle.
  6. Alors on trouvera plus de joie dans la pureté d'une bonne conscience que dans une docte philosophie.
    Alors le mépris des richesses aura plus de poids dans la balance que tous les trésors de la terre.
    Alors le souvenir d'une pieuse prière vous sera de plus de consolation que celui d'un repas splendide.
    Alors vous vous réjouirez plus du silence gardé que de longs entretiens.
    Alors les œuvres saintes l'emporteront sur les beaux discours.
    Alors vous préférerez une vie de peine et de travail à tous les plaisirs de la terre.
    Apprenez donc maintenant à supporter quelques légères souffrances afin d'être alors délivré de souffrances plus grandes.
    Eprouvez ici d'abord ce que vous pourrez dans la suite.
    Si vous ne pouvez maintenant souffrir ce peu de chose, comment supporterez-vous les tourments éternels ?
    Si maintenant la moindre douleur vous cause tant d'impatience, que sera-ce donc alors des tortures de l'enfer ?
    Il y a, n'en doutez point, deux joies qu'on ne peut réunir: vous ne pouvez goûter ici-bas les délices du monde, et régner ensuite avec Jésus-Christ.
  7. Si vous aviez vécu jusqu'à ce jour dans les honneurs et les voluptés, de quoi cela vous servirait-il, s'il vous fallait mourir à l'instant ?
    Donc tout est vanité (3), hors aimer Dieu et le servir lui seul.
    Car celui qui aime Dieu de tout son cœur ne craint ni la mort, ni le supplice, ni le jugement, ni l'enfer, parce que l'amour parfait nous donne un sûr accès près de Dieu.
    Mais celui qui aime encore le péché, il n'est pas surprenant qu'il redoute la mort et le jugement.
    Cependant, si l'amour ne vous éloigne pas encore du mal, il est bon qu'au moins la crainte du feu vous retienne.
    Celui qui est peu touché de la crainte de Dieu ne saurait longtemps persévérer dans le bien, mais il tombera bientôt dans les pièges du démon.

    (1): Sag., ch. V, ver. 1.
    (2): Ps. 106, ver. 42.
    (3): Eccl., ch. I, ver. 2
    .


Réflexions de l'abbé de Lamennais :


Dieu est patient, dit saint Augustin, parce qu'il est éternel. Mais, après les jours de patience, viendra le jour de la justice: jour d'effroi, jour inévitable, où toute chair comparaîtra devant le Roi de l'éternité, pour rendre compte de ses œuvres et de ses pensées même.
Transportez-vous en esprit à ce moment formidable: voilà que la poussière des tombeaux s'émeut, et de toutes parts la foule des morts accourt aux pieds du souverain Juge. Là tous les secrets sont dévoilés, la conscience n'a plus de ténèbres, et chacun attend en silence le sort qui lui est destiné pour toujours. Les deux cités se séparent, la grande sentence est prononcée: elle ouvre le paradis aux justes et tombe sur les pécheurs avec tout le poids d'une éternelle réprobation.
Environné des Anges fidèles et de la troupe resplendissante des élus, Jésus-Christ remonte dans sa gloire. Satan saisit sa proie et l'entraîne dans l'abîme. Tout est consommé à jamais. Il ne reste plus que les joies du ciel et le désespoir de l'enfer. Pendant que vous êtes encore sur la terre, le choix entre ces demeures vous est laissé : choisissez donc. Mais n'oubliez pas qu'il n'y a point de repentir de l'autre côté de la tombe.


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vendredi 8 novembre 2019

De la méditation de la mort

1. De l'homme en un instant c'en est fait ici-bas :
Rentrez donc en vous-même et songez au trépas.
Un tel est maintenant plein de force et de vie :
Demain la mort le frappe, et bientôt on l'oublie.
O comble de démence et de stupidité !...
On pense aux biens du temps plus qu'à l'éternité !
Réglez donc chaque jour votre conduite entière,
Comme si vous étiez à votre heure dernière.
Les justes au trépas tremblent moins pour leur sort.
Mieux vaut fuir le péché que d'éviter la mort.
Demain, mieux qu'en ce jour, au tribunal du Maître,
Serez-vous en état de pouvoir comparaître ?...
Demain, bien-aimé frère, est un jour incertain :
Fûtes-vous jamais sûr d'avoir un lendemain ?

2. De longs jours devraient-ils être un objet d'envie,
Alors qu'on fait si peu pour amender sa vie ?
Trop souvent on vieillit sans devenir meilleur,
Quand on ne devient pas encor plus grand pécheur.
Si du moins un seul jour, sur cette triste terre,
Nous avions bien vécu ! Comment donc se complaire
A remonter au temps où l'on revint à Dieu,
Lorsque dans la vertu l'on a grandi si peu !
Si les traits de la mort nous semblent redoutables,
Souvent des jours nombreux sont bien plus regrettables.
Heureux qui sans relâche a la mort sous les yeux
Et s'apprête à franchir un pas si périlleux !
Peut-être votre main a clos une paupière ?...
Ainsi l'on fermera votre œil à la lumière.

3. Le matin, se flatter de parvenir au soir
Ou, le soir, au matin, c'est un frivole espoir :
On prévient, en veillant, d'effroyables méprises...
Tous les jours par la mort que d'âmes sont surprises !
Soudain, comme un voleur, votre Juge viendra. (1)
A l'instant où pour vous cette heure sonnera,
Sur vos affections et vos œuvres passées
Que vous aurez, hélas ! de bien autres pensées !...
D'avoir vécu sans frein vous gémirez alors.

4. Heureux l'homme prudent qui fait tous ses efforts
Pour vivre chaque jour comme à son jour suprême !
Ce qui donne au mourant l'espoir que son Dieu l'aime,
C'est le mépris du monde et le désir ardent
Dont il fut embrasé d'être un chrétien fervent ;
C'est une vie austère, une humble pénitence ;
C'est l'abnégation, la prompte obéissance,
Le support de la croix par amour pour Jésus.
La santé, d'ordinaire, est plus propre aux vertus ;
La maladie, hélas ! moins souvent nous rend sages,
Comme un trop vif attrait pour les pèlerinages
Fit rarement des saints.

5. Eh ! quel juste a compté
Sur l'amitié d'un homme ou sur la parenté,
Pour conquérir les cieux ? Comme un songe frivole,
D'un mortel qui n'est plus le souvenir s'envole.
Travaillons dès cette heure à nous pourvoir à temps,
En faisant quelque bien : pourrions-nous, imprudents,
Remettre en d'autres mains notre intérêt suprême ?
Si vous fûtes sur terre indolent pour vous-même,
De vous, après la mort, qui sera soucieux ?
Que le temps qui s'enfuit vous est donc précieux !
C'est le jour du salut, c'est l'instant favorable. (2)
Mais vous faites, hélas ! un abus déplorable
D'un bien qui vous vaudrait le bonheur éternel !
Peut-être, quelque jour, vous crierez vers le Ciel
Pour obtenir le temps d'un retour salutaire,...
Serez-vous exaucé ?... redoutable mystère !

6. Ah ! frère bien-aimé, de quel péril affreux
Vous serez affranchi, quels tourments rigoureux
Vous aurez évités, si l'humble et chaste crainte
Vous prépare à toute heure une mort vraiment sainte !
Vivez donc désormais, vivez dans la ferveur,
Afin qu'à votre mort la céleste douceur,
Comme un torrent divin, de ses flots vous inonde.
Apprenez dès cette heure à bien mourir au monde,
A mépriser pour Dieu tout bonheur qui périt,
A trouver en Jésus la liberté d'esprit.
Châtiez votre chair et faites pénitence,
Pour avoir à la mort une sainte assurance.

7. Insensé ! votre espoir est de vivre longtemps ?...
Etes-vous assuré du plus court des instants ?
Combien dont le trépas a déçu l'espérance,
En survenant soudain, contre toute apparence !
Que de fois l'on vous dit : Tel homme s'est noyé ;
Tel est mort par le glaive ; un autre s'est broyé,
Pour s'être laissé choir du haut d'un édifice !
Aveuglément fidèle à son terrible office,
La mort frappe au hasard, à table comme au jeu :
Et le fer des voleurs, et la peste et le feu,
Lui servent tour à tour à moissonner les hommes.
Une ombre qui s'enfuit, (3) voilà ce que nous sommes.

8. Qui donc se souviendra de vous après la mort ?...
Qui priera le Seigneur d'adoucir votre sort ?
A l'œuvre donc, à l'œuvre, ô mon bien-aimé frère !
Et faites sur-le-champ ce que vous pouvez faire,
Puisque, incertain du jour où le trépas viendra,
Vous ignorez quel sort il vous apportera.
Pendant qu'il en est temps, amassez des richesses
Qui ne périront point. Des divines promesses
Gardez le souvenir ; ne songez qu'au salut.
Cherchez à plaire à Dieu : n'ayez pas d'autre but.
Pour qu'au ciel à jamais votre regard contemple
La splendeur des élus, (4) imitez leur exemple :
C'est en les honorant qu'on gagne leur faveur. (4)

9. Qu'êtes-vous ici-bas qu'un pauvre voyageur ?
Sur la plage étrangère, en tourments si féconde,
Restez indifférent aux choses de ce monde.
Que votre cœur soit libre, et qu'il monte vers Dieu,
Puisque pour vous sur terre il n'est en aucun lieu
De cité permanente.
(5) Apprenez que les larmes,
Les vœux et les soupirs, sont d'invincibles armes
Pour conquérir un trône au céleste séjour.
Puisse le Roi des rois vous couronner un jour !


(1): Luc, ch. XII, ver. 40.
(2): Cor. II, ch. VI, ver. 2.
(3): Ps. 143, ver. 4.
(4): Luc, ch. XVI, ver. 9.
(5): Héb., ch. XIII, ver. 14.



 




Traduction littérale de l'abbé de Lamennais :

  1. C'en sera fait de vous bien vite ici-bas: voyez donc en quel état vous êtes.
    L'homme est aujourd'hui, et demain il a disparu, et quand il n'est plus sous les yeux, il passe bien vite de l'esprit.
    O stupidité et dureté du cœur humain, qui ne pense qu'au présent et ne prévoit pas l'avenir !
    Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être tel que vous seriez s'il vous fallait mourir aujourd'hui.
    Si vous aviez une bonne conscience, vous craindriez peu la mort.
    Il vaudrait mieux éviter le péché que fuir la mort.
    Si aujourd'hui vous n'êtes pas prêt, comment le serez-vous demain ?
    Demain est un jour incertain: et que savez-vous si vous aurez un lendemain ?
  2. Que sert de vivre longtemps puisque nous nous corrigeons si peu ?
    Ah ! une longue vie ne corrige pas toujours; souvent plutôt elle augmente nos crimes.
    Plût à Dieu que nous eussions bien vécu dans ce monde un seul jour !
    Plusieurs comptent les années de leur conversion; mais souvent, qu'ils sont peu changés, et que ces années ont été stériles !
    S'il est terrible de mourir, peut-être est-il plus dangereux de vivre si longtemps.
    Heureux celui à qui l'heure de sa mort est toujours présente, et qui se prépare chaque jour à mourir !
    Si vous avez vu jamais un homme mourir, songez que vous aussi vous passerez par cette voie.
  3. Le matin, pensez que vous n'atteindrez pas le soir; le soir, n'osez pas vous promettre de voir le matin.
    Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte que la mort ne vous surprenne jamais.
    Plusieurs sont enlevés par une mort soudaine et imprévue: car le Fils de l'homme viendra à l'heure qu'on n'y pense pas (1).
    Quand viendra cette dernière heure, vous commencerez à juger tout autrement de votre vie passée, et vous gémirez amèrement d'avoir été si négligent et si lâche.
  4. Qu'heureux et sage est celui qui s'efforce d'être tel dans la vie qu'il souhaite d'être trouvé à la mort.
    Car rien ne donnera une si grande confiance de mourir heureusement, que le parfait mépris du monde, le désir ardent d'avancer dans la vertu, l'amour de la régularité, le travail de la pénitence, l'abnégation de soi-même et la constance à souffrir toutes sortes d'adversités pour l'amour de Jésus-Christ.
    Vous pourrez faire beaucoup de bien tandis que vous êtes en santé; mais, malade, je ne sais ce que vous pourrez.
    Il en est peu que la maladie rende meilleurs, comme il en est peu qui se sanctifient par de fréquents pèlerinages.
  5. Ne comptez point sur vos amis ni sur vos proches, et ne différez point votre salut dans l'avenir; car les hommes vous oublieront plus vite que vous ne pensez.
    Il vaut mieux y pourvoir de bonne heure et envoyer devant soi un peu de bien, que d'espérer dans le secours des autres.
    Si vous n'avez maintenant aucun souci de vous-même, qui s'inquiétera de vous dans l'avenir ?
    Maintenant le temps est d'un grand prix. Voici maintenant le temps propice, voici le jour du salut (2).
    Mais, ô douleur ! que vous fassiez un si vain usage de ce qui pourrait vous servir à mériter de vivre éternellement !
    Viendra le temps où vous désirerez un seul jour, une seule heure, pour purifier votre âme, et je ne sais si vous l'obtiendrez.
  6. Ah ! mon frère, de quel péril, de quelle crainte terrible vous pourriez vous délivrer si vous étiez à présent toujours en crainte de la mort !
    Etudiez-vous maintenant à vivre de telle sorte qu'à l'heure de la mort vous ayez plus sujet de vous réjouir que de craindre.
    Apprenez maintenant à mourir au monde afin de commencer alors à vivre avec Jésus-Christ.
    Apprenez maintenant à tout mépriser, afin de pouvoir alors aller librement à Jésus-Christ.
    Châtiez maintenant votre corps par la pénitence afin que vous puissiez alors avoir une solide confiance.
  7. Insensés, sur quoi vous promettez-vous de vivre longtemps, lorsque vous n'avez pas un seul jour d'assuré ?
    Combien ont été trompés et arrachés subitement de leur corps !
    Combien de fois avez-vous ouï dire: Cet homme a été tué d'un coup d'épée; celui-ci s'est noyé, celui-là s'est brisé en tombant d'un lieu élevé; l'un a expiré en mangeant, l'autre en jouant; l'un a péri par le feu, un autre par le fer, un autre par la peste, un autre par la main des voleurs !
    Et ainsi la fin de tous est la mort (3), et la vie des hommes passe comme l'ombre (4).
  8. Qui se souviendra de vous après votre mort, et qui priera pour vous ?
    Faites, faites maintenant, mon cher frère, tout ce que vous pouvez, car vous ne savez pas quand vous mourrez, ni ce qui suivra pour vous la mort.
    Tandis que vous en avez le temps, amassez des richesses immortelles.
    Ne pensez qu'à votre salut, ne vous occupez que des choses de Dieu.
    Faites-vous maintenant des amis, en honorant les saints et en imitant leurs œuvres, afin qu'arrivé au terme de cette vie, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels (5).
  9. Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger à qui les choses du monde ne sont rien.
    Conservez votre cœur libre et toujours élevé vers Dieu, parce que vous n'avez point ici-bas de demeure permanente (6).
    Que vos gémissements, vos larmes, vos prières, montent tous les jours vers le ciel afin que votre âme, après la mort, mérite de passer heureusement à Dieu.

    (1): Luc, ch. XII, ver. 40.
    (2): Cor. II, ch. VI, ver. 2.
    (3): Job, ch. XIV, ver. 10.(4): Ps. 143, ver. 4.
    (5): Luc, ch. XVI, ver. 9.
    (6): Héb., ch. XIII, ver. 14
    .


Réflexions de l'abbé de Lamennais :


Approchez-vous de cette fosse, regardez ces ossements blanchis et déjoints: voilà tout ce qui reste ici-bas d'un homme que vous avez connu peut-être et qui ne pensait pas plus à la mort, il y a peu d'années, que vous n'y pensez aujourd'hui.
Ne fallait-il pas, en effet, qu'il songeât d'abord à sa fortune, à celle des siens, à l'établissement de sa famille? Aussi s'en est-il occupé jusqu'au dernier moment. Eh bien! Maintenant allez, entrez dans sa maison. Des héritiers indifférents y jouissent des biens qu'il avait amassés, et travaillent eux-mêmes à en amasser de nouveaux. Du reste, nul souvenir du mort.
Quelque chose de lui subsiste cependant, et la tombe ne le renferme pas tout entier. Il avait une âme, une âme rachetée du sang de Jésus-Christ. Où est-elle? A l'instant où elle quitta le corps, sa demeure fut fixée, ou dans le ciel sans crainte désormais, ou dans l'enfer sans espérance. Terrible, terrible alternative! Et, à présent, plongez-vous dans les soins de la terre, différez votre conversion. Dites encore: il sera temps demain. Insensé ! Ce temps dont tu abuses, creuse ta fosse, et demain sera l'éternité.


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vendredi 25 octobre 2019

De la considération de la misère humaine

1. Si Dieu n'est point pour vous le seul bien désirable,
En tous lieux et toujours vous serez misérable.
Pourquoi donc vous troubler de n'être point heureux ?
Quel mortel ici-bas voit combler tous ses vœux ?
Ni vous ni moi, sans doute..., aucun homme sur terre :
Nul, fût-il pape ou roi, n'est exempt de misère.
Eh ! qui donc en ce monde a le plus heureux sort ?
Le juste qui pour Dieu souffre jusqu'à la mort.

2. Dans sa frivolité, le vulgaire s'écrie :
Considérez cet homme, oh ! quelle heureuse vie !...
Quel éclat ! quels honneurs !... qu'il est riche et puissant !
De tous ces biens d'un jour ; car leur incertitude
Nourrit en nous la crainte et la sollicitude.
Non, le bonheur n'est point dans les biens d'ici-bas !
Le plus modeste avoir ne nous suffit-il pas ?
Vraiment c'est un malheur que de vivre sur terre ;
Et plus on est parfait, plus la vie est amère :
Car alors on sent mieux, on voit plus clairement
L'infirmité de l'homme et son dérèglement.
S'assujettir sans trêve aux lois de la nature,
Toujours veiller, dormir, prendre sa nourriture,
Se livrer tour à tour aux labeurs, au repos,
Ah ! n'est-ce point vraiment le plus lourd des fardeaux
Pour l'âme qui voudrait, dans son pèlerinage,
Se dégager des sens, de leur dur esclavage ?

3. Oh ! quel poids accablant pour l'homme intérieur !
De mes nécessités délivrez-moi, Seigneur, (1)
Dit le Prophète-Roi que la chair importune.
Malheur à qui n'a point compris son infortune !...
Et malheur plus encore à qui pourrait chérir
Ce terrestre séjour, où l'on naît pour mourir !
Cependant on en voit follement s'y complaire :
A peine, en mendiant, ont-ils le nécessaire...,
Et pourtant ils n'auraient aucun souci du ciel,
S'ils pouvaient toujours vivre en ce monde charnel !

4. Étrange aveuglement ! déplorable folie !
Leur âme dans la fange est comme ensevelie,
Et d'ignobles plaisirs enchaînent leur amour !
Ah ! les infortunés, ils sentiront un jour
Et pour jamais, hélas ! l'épouvantable vide,
Le néant des faux biens dont leur cœur est avide !
Ici-bas, tous les saints, pour plaire à Jésus-Christ,
Ont méprisé la chair et tout ce qui périt.
Sans cesse ils soupiraient vers les biens immuables.
De peur d'être entraînés à des plaisirs coupables,
Vers le Ciel, nuit et jour, ils reportaient leurs vœux.
Travaillez, ô mon frère, à vous rendre pieux :
Il en est temps encor.

5. Pourquoi toujours remettre
A servir de tout cœur votre adorable Maître ?
Levez-vous sur-le-champ. Dites sans hésiter :
Voici le temps d'agir, le moment de lutter ;
Pour m'amender enfin c'est le jour favorable.
Plus notre vie est dure et semble intolérable,
Plus elle plaît au Ciel. C'est par l'eau, par le feu,
Que l'homme doit passer pour arriver à Dieu.
(2)
Sans violents efforts le vice est invincible.
Tant que nous porterons cette chair corruptible,
Comment fuir le péché, la douleur et l'ennui ?
Certes nous voudrions pouvoir, dès aujourd'hui,
Échapper au labeur, au trouble, à la souffrance ;
Mais par notre révolte, en perdant l'innocence,
Nous perdîmes encor nos titres au bonheur.
Sachons donc vaillamment affronter la douleur ;
Attendons avec foi, comme un bienfait suprême,
Que l'iniquité passe (3) et que ce corps lui-même
Soit absorbé sans fin par l'immortalité.
(4)

6. Oh ! qu'elle est grande, hélas ! notre fragilité,
Qui nous conduit sans cesse à de nouveaux abîmes !...
On confesse aujourd'hui d'abominables crimes
Qu'on promet au Très-Haut de fuir avec horreur,
Et demain l'on retourne à sa funeste erreur !...
Parfois, une heure après, l'on trahit sa promesse !
Ah ! quel sujet, grand Dieu, d'avouer sa faiblesse !
Souvent par négligence on perd en un instant
Les fruits d'un long travail, les dons du Tout-Puissant.

7. Quand, dès l'aube du jour, on se montre si lâche,
Comment jusqu'à la nuit remplira-t-on sa tâche ?
Hélas ! nous prétendons à la félicité,
Nous voulons, dès l'exil, paix et sécurité,
Alors qu'il n'apparaît dans toute notre vie
Rien du parfait amour auquel Dieu nous convie !
N'aurions-nous pas plutôt, comme un simple chrétien,
Comme un humble novice, à nous former au bien,
Si toutefois encor, dans notre indifférence,
D'amender notre cœur nous gardons l'espérance ?


(1): Ps. 24, ver. 17.
(2): Ps. 65, ver. 12.
(3): Ps. 56, ver. 2.
(4): Cor. II, ch. V, ver. 4.



 




Traduction littérale de l'abbé de Lamennais :

  1. En quelque lieu que vous soyez, de quelque côté que vous vous tourniez, vous serez misérable si vous ne revenez vers Dieu.
    Pourquoi vous troublez-vous de ce que rien n'arrive comme vous le désirez et comme vous le voulez ? A qui est-ce que tout succède selon sa volonté ? Ni à vous, ni à moi, ni à aucun homme sur la terre.
    Nul en ce monde, fût-il roi ou pape, n'est exempt d'angoisses et de tribulations.
    Qui donc a le meilleur sort ? Celui, certes, qui sait souffrir quelque chose pour Dieu.
  2. Dans leur faiblesse et leur peu de lumière, plusieurs disent: Que cet homme a une heureuse vie ! qu'il est riche, grand, puissant, élevé !
    Mais considérez les biens du ciel, et vous verrez que tous ces biens du temps ne sont rien; que toujours très incertains, ils sont plutôt un poids qui fatigue, parce qu'on ne les possède jamais sans défiance et sans crainte.
    Avoir en abondance les biens du temps, ce n'est pas là le bonheur de l'homme: la médiocrité lui suffit.
    C'est vraiment une grande misère de vivre sur la terre.
    Plus un homme veut avancer dans les voies spirituelles, plus la vie présente lui devient amère, parce qu'il sent mieux et voit plus clairement l'infirmité de la nature humaine et sa corruption.
    Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler, être assujetti à toutes les nécessités de la nature, c'est vraiment une grande misère et une grande affliction pour l'homme pieux qui voudrait être dégagé de ses liens terrestres, et délivré de tout péché.
  3. Car l'homme intérieur est en ce monde étrangement appesanti par les nécessités du corps.
    Et c'est pourquoi le prophète demandait avec d'ardentes prières d'en être affranchi, disant: Seigneur, délivrez-moi de mes nécessités (1).
    Malheur donc à ceux qui ne connaissent point leur misère ! et malheur encore plus à ceux qui aiment cette misère et cette vie périssable !
    Car il y en a qui l'embrassent si avidement, leur misère, qu'ayant à peine le nécessaire en travaillant ou en mendiant, ils n'éprouveraient aucun souci du royaume de Dieu s'ils pouvaient toujours vivre ici-bas.
  4. O cœurs insensés et infidèles, si profondément enfoncés dans les choses de la terre qu'ils ne goûtent rien que ce qui est charnel !
    Les malheureux ! ils sentiront douloureusement à la fin combien était vil, combien n'était rien ce qu'ils ont aimé.
    Mais les saints de Dieu, tous les fidèles amis de Jésus-Christ ont méprisé ce qui flatte la chair et ce qui brille dans le temps; toute leur espérance, tous leurs désirs aspiraient aux biens éternels.
    Tout leur cœur s'élevait vers les biens invisibles et impérissables, de peur que l'amour des choses visibles ne les abaissât vers la terre.
  5. Ne perdez pas, mon frère, l'espérance d'avancer dans la vie spirituelle: vous en avez encore le temps, c'est l'heure.
    Pourquoi remettez-vous toujours au lendemain l'accomplissement de vos résolutions? Levez-vous et commencez à l'instant, et dites: Voici le temps d'agir, voici le temps de combattre, voici le temps de me corriger.
    Quand la vie vous est pesante et amère, c'est alors le temps de mériter.
    Il faut passer par le feu et par l'eau, avant d'entrer dans le lieu de rafraîchissement (2).
    Si vous ne vous faites violence, vous ne vaincrez pas le vice.
    Tant que nous portons ce corps fragile, nous ne pouvons être sans péché, ni sans ennui et sans douleur.
    Il nous serait doux de jouir d'un repos exempt de toute misère; mais en perdant l'innocence par le péché, nous avons aussi perdu la vraie félicité.
    Il faut donc persévérer dans la patience, et attendre la miséricorde de Dieu jusqu'à ce que l'iniquité passe (3) et que ce qui est mortel en vous soit absorbé par la vie (4).
  6. Oh ! qu'elle est grande la fragilité qui toujours incline l'homme au mal.
    Vous confessez aujourd'hui vos péchés et vous y retombez le lendemain.
    Vous vous proposez d'être sur vos gardes et une heure après vous agissez comme si vous ne vous étiez rien proposé.
    Nous avons donc grand sujet de nous humilier et de ne nous jamais élever en nous-mêmes, étant si fragiles et inconsistants.
    Nous pouvons perdre en un moment par notre négligence ce qu'à peine avons-nous acquis par la grâce avec un long travail.
  7. Que sera-ce de nous à la fin du jour si nous sommes si lâches dès le matin ?
    Malheur à nous si nous voulons goûter le repos, comme si déjà nous étions en paix et en assurance, tandis qu'on ne découvre pas dans notre vie une seule trace de vraie sainteté !
    Nous aurions bien besoin d'être instruits encore, et formés à de nouvelles mœurs comme des novices dociles, pour essayer du moins s'il y aurait en nous quelque espérance de changement et d'un plus grand progrès dans la vertu.

    (1): Ps. 24, ver. 17.
    (2): Ps. 65, ver. 12.
    (3): Ps. 56, ver. 2.
    (4): Cor. II, ch. V, ver. 4
    .


Réflexions de l'abbé de Lamennais :


L'homme, né de la femme, vit peu de jours, et il est rassasié d'angoisses (1). Voilà notre destinée telle que le péché l'a faite. Écoutez les gémissements de l'humanité entière, dont Job était la figure: "Périsse le jour où je suis né, et la nuit où il fut dit: Un homme a été conçu! Pourquoi ne suis-je pas mort dans le sein de ma mère, ou n'ai-je pas péri en en sortant ? Pourquoi m'a-t-elle reçu sur ses genoux, et allaité de ses mamelles ? Maintenant je dormirais en silence, et je reposerais dans mon sommeil (2)."
Mais déjà sur cette grande misère se levait l'aurore d'une grande espérance: "Je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je serai de nouveau revêtu de ma chair, et dans ma chair je verrai mon Dieu : je le verrai et mes yeux le contempleront (3)." Dès lors, tout change : ces douleurs, auparavant sans consolation, unies à celles du Rédempteur, ne sont plus qu'une expiation nécessaire, une épreuve de justice et de miséricorde, une semence d'éternelles joies. Le Christ, en mourant, a ouvert le ciel à l'homme déchu, qui pour unique grâce demandait à la terre un tombeau (4).
Et nous nous plaindrions des souffrances auxquelles Dieu réserve un tel prix ! Et le murmure serait sur nos lèvres, lorsque, par les tribulations, Jésus-Christ daigne nous associer aux mérites de son sacrifice ! C'en est fait, Seigneur, je reconnais mon aveuglement, mon ingratitude, et je ne veux plus désirer ici-bas que d'avoir part à votre passion, afin de participer un jour à votre gloire.

(1): Job, ch. XIV, ver. 1.
(2): Job, ch. III, ver. 3, 11, 12 & 13.
(3): Job, ch. XIX, ver. 25, 26 & 27.
(4): Job, ch. III, ver. 21 & 22.


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